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L’art de faire parler la terre : une enquête de recherche-création autour des pratiques horticoles et de la culture rurale à la Martinique (2020-2022)

« L’ art de faire parler la terre » est une enquête de recherche-création qui vise à déployer, par le biais de dispositifs artistiques, une narration partagée des traditions et savoirs qui, dans les pratiques quotidiennes horticoles et agricoles de la Martinique, ne cessent d’être réinventés.

Sophie Krier à l’écoute de plantes d’un jardin à vocation artistique et pédagogique au Campus Caribbéen des Arts de Fort-de-France. Le jardin, baptisé Arada, a été ré-activé par l’artiste Marc-Marie Joseph avec des étudiant.e.s dans le cadre de l’axe de recherche (ARC) Territoires Sensibles. Photo Francesca Cozzolino, 2021.

Par cette enquête portée par une artiste (Sophie Krier) et une anthropologue (Francesca Cozzolino), nous souhaitons dans un premier temps faire émerger des connaissances sur ces pratiques de tous les jours qui participent de la transformation des mondes ruraux (pratiques d’auto subsistance alimentaire, culture de plantes médicinales et magiques, techniques de culture sur pente, pratiques solidaires de koudmen ou coup de main, chants et danses liés au travail de la terre dans le lasotè) en nous intéressant aussi bien au jaden kréyol (jardin créole) qu’au jardin partagé (péri)urbain.

Travail de maraîchage du matin à l’Écolieu de Tivoli (Fort-de-France) fondé par l’Association CCPYPM (Centre de Culture Populaire Ypiringa de Pastinha Martinique) en 2019. Photo Francesca Cozzolino, juin 2021.
Plantothèque de l’Écolieu de Tivoli, fondée en partenariat avec le réseau Tramil. Ce réseau de recherche scientifique et usage populaire des plantes médicinales regroupe environ deux cents chercheurs de trente pays de la Caraïbe. Photo Sophie Krier, juin 2021.

Outre [ses] valeurs paysagères, économiques et sociales, les jardins créoles constituent un trait culturel majeur de la Martinique. Leurs aspects variés et complexes sont l’héritage mêlé et évolutif des « ichalis » caraïbes, des « plantages » ou « places à vivres » au temps de la colonie esclavagiste, des « lougan » ouest-africains, des « jardins de cases » et « jardins à nègres » africains, des « dégrads » et des « habituées » cultivés par les marrons, les libres de savane, les mulâtres libérés voire les déserteurs blancs, des jardins arborés « bô kay » qui entourent les maisons, voire des jardins « an piyon », au pignon de la maison. – Vincent Huygues-Belrose, Atlas des Paysages de la Martinique. Vers une politique des paysages (2006)

Source: http://atlas-paysages.pnr-martinique.com/10-l-elegance-du-patrimoine.html
Lasotè organisé par l’Association Lasoté de Fonds St Denis, 19 Juin 2021. Ce travail collectif de préparation manuelle de la terre avant les semis est porté par des sons de tambouyés, ti bois et de conque de lambis. Il est commenté par le ‘crieur’ qui avec la conque, donne la cadence aux mouvements des corps. On appelle ce travail aussi ‘koudmain’ ou coup de main. Photo Francesca Cozzolino

Dans un deuxième temps, nous souhaitons valoriser et mettre en partage les savoirs recueillis par le biais de dispositifs artistiques (podcasts, ateliers pratiques) dans le cadre d’événements publics permettant de « faire société », aussi bien à la Martinique qu’en métropole, autour de ces pratiques.

Marc Marie-Joseph, artiste et enseignant au Campus Caribéen des Arts (CCA) de Fort-de-France, tend une feuille de simen-kontra cultivée dans le cadre du projet Arc ARADA à Sophie Krier. Photo Francesca Cozzolino, juin 2021.
Atelier d’alcoolature (première étape de la thérapie par les plantes appliquée en micro doses) organisé par Les Jardins de Gaïac et encadré par Chantal Humez, Nicolette Man Tina et Emmanuel Nossin, le dimanche 13 juin 2021, au Village de la Poterie (Trois-Ilets). Photo Francesca Cozzolino

Dessiner ce qu’on perçoit, pas ce qu’on sait.
Afin de mettre en partage les savoirs recueillis par le biais de l’enquête « L’art de faire parler la terre », le jeudi 20 janvier 2022 Francesca Cozzolino et Sophie Krier se sont associées à Nicolette Reibec (experte en plantes médicinales et fondatrice du Domaine Man Tina au Morne Rouge) pour animer un atelier d’observation graphique de plantes conçu sur mesure pour quinze élèves CM2 de l’École Marcel Placide de Fort-de France. L’atelier a eu lieu au coeur de la Plantothèque / École dUrgence de l’Écolieu de Tivoli, réalisée par l’Association CCPYPM (Centre de Culture Populaire Ypiringa de Pastinha Martinique) en 2019 en partenariat avec le réseau Tramil, un réseau qui fédère les acteurs de la recherche scientifique et des usages populaires des plantes dans trente pays de la Caraïbe.

La guérisseuse Man Tina explique les propriétés médicinales des plantes ; Sophie Krier donne des consignes pour un exercise de dessin les yeux fermés. Francesca Cozzolino interroge les élèves sur les possibles avenirs de la Martinique. Photo Romain Courtemanche, 2022
Dessin aveugle I & II (parties aériennes et racines). Photo Romain Courtemanche, 2022

Prendre la mesure de l’effort collectif dans le travail de la terre
Le samedi 22 janvier 2022, sous les pitons du Morne-Vert, c’est cette fois avec Marc Marie-Joseph, (artiste plasticien enseignant au Campus Caribéen des Arts où il pilote l’Atelier de Recherche-Création, ARC Arada) que Francesca Cozzolino et Sophie Krier ont fait équipe afin de « prendre la mesure de l’effort » engagé par les agriculteurs pendant le lasotè, une technique de labour collectif sur pente qui se pratique au son de tambours, ti bwa, et conque de lambis. Durant toute la durée du lasotè, Marc et Sophie ont tressé une kod maho, corde mahault, évoquant par ce geste ininterrompu la délimitation d’une parcelle, la construction de liens entre l’homme et son environnement, ou encore certaines expressions créoles dans lesquelles la corde joue un rôle, comme lan moné kod (une monnaie qui a peu de valeur). La technique du tressage leur a été transmise par Guy Bussy, membre de l’Association Lasotè de Fonds St Denis.

Marc Marie-Joseph tresse l’écorce la kod maho (corde mahault). Photo Romain Courtemanche 2022
Labourage et tressage se croisent. Photo Romain Courtemanche 2022
Guy Bussy (membre de l’Association Lasotè) pendant l’atelier d’apprentissage avec Shamika Germain, Cindy Manlius (étudiantes en art au CCA), Nato Bosc Ducos (étudiant en mobilité depuis l’Ecole des Arts Décoratifs, Paris), 19 janvier 2022.

Remerciements : Claire Joseph et Téo Angoleiro pour l’accueil à l’Écolieu de TivoliFlorence Lazar pour la mise en contact avec Man Tina par le biais de son film « Tu crois que la terre est chose morte » (2019) ; Annick Jubénot et l’Association Lasotè pour l’accueil chaleureux ; Christine Chivallon pour son travail précurseur avec le livre « Espace et Identité à la Martinique » (1998) sur la paysannerie des mornes; Marc-Marie Joseph pour la mise en lien avec Emmanuel Nossin par le bais de l’ARC Arada au CCA.

ACTIVITÉS
  • Journée d’étude en ligne « Créolisation en art et en design? Créer dans le Tout-monde », mardi 17 novembre 2020, École des Arts Décoratifs, Paris
  • Table ronde « Pour un design situé. Rencontre autour du livre Eloj Kréyol » au Campus Caribéen des Arts (CCA) de Fort-de-France, Martinique et en ligne, mardi 8 juin 2021, 11h-12h30 (heure de Fort-de-France) et 17h-18h30 (heure de Paris). Consulter le programme.
  • Atelier participatif « Dessiner les plantes en aveugle », Francesca Cozzolino, Sophie Krier et Man Tina, Écolieu de Tivoli, Fort-de-France, 20 janvier 2022.
  • Intervention artistique « Prendre la mesure de l’effort, tresser la kod maho« , Marc-Marie Joseph et Sophie Krier en alliance avec l’Association Lasotè, Morne-Vert, 22 janvier 2022.
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