Archives de la journée d’études « Ce que les féminismes font à l’histoire de l’art »
Date : 5 décembre 2025
Lieu : EnsadLab – École des Arts Décoratifs – 31, rue d’Ulm, 75005 Paris
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Organisée par Francesca Cozzolino (anthropologue, enseignante-chercheure EnsadLab) et Lucile Encrevé (historienne de l’art, enseignante à l’EnsAD), dans le cadre des activités du groupe de recherche « art, design et société » d’EnsadLab.
Archives de la journées produites et éditorialisées par Christophe Pornay, ingénieur technique EnsadLab avec le concours d’Eugenie Zuccarelli pour les éléments graphiques.
Argumentaire :
Pour repenser l’histoire de l’art en féministe dans les écoles d’art et les musées, dénoncés par Griselda Pollock (2024) comme étant « à moitié vides », une approche dite réparatrice est souvent retenue, à laquelle s’ajoute un travail sur les discours utilisés pour décrire les pratiques des créatrices ainsi que sur les stéréotypes liés à leur genre comme par une ouverture du champ de l’art à des médiums longtemps méprisés tel que le textile (Parker, 1984/2010).
Il est aussi question, à partir du terrain féministe, d’interroger le caractère problématique de certaines images de femmes représentées comme celui de nombreux mythes fondateurs de la discipline, ou encore celui du fonctionnement de certains groupes (tels les surréalistes) ou de la démarche de créateurs comme Rodin (Kisiel, 2024).
Les théories féministes ont aussi engendré des réflexions sur la conception biographique de l’histoire de l’art, sur les points de vue genrés, comme sur l’original et la copie, ou encore sur les passages entre art et non-art ou enfin sur le dépassement de la notion d’auteur·ice, cruciale pour produire le canon, processus hiérarchisant qui structure la discipline. Ces approches théoriques se nourrissent et croisent d’autres enjeux contemporains tels que le genre (Maillet, 2020), les critiques décoloniales (Cherel et Dumont, 2016) et les réflexions liées au vivant dans son ensemble (Zhong Mengual, 2021 ; Canevet et Froidevaux-Metterie, 2022). L’internationalisation des luttes féministes, leur pluralisation dans différents contextes culturels a ainsi amené à leur complexification avec la prise en compte de perspectives théoriques situées (Allain Bonilla, 2020).
Ces approches n’ont pas laissé indifférents les mondes de l’art : elles ont permis l’ouverture de nouveaux espaces d’expérimentation de récits émancipateurs au sein des écoles d’art (Projets « Chères toutes »[1] à l’EnsAD, « La Surface démange »[2] à la Villa Arson) et nourrissent aujourd’hui également des projets de thèse (Gaye-Duparc ; Royer).
Cette journée s’articule en deux moments mettant en dialogue les prises de parole d’historiennes, de curatrices et d’artistes. La matinée intitulée « Transformer le canon, une approche historique » a été l’occasion de réfléchir aux outils mis en place pour ouvrir et déplacer les regards sur l’histoire de l’art occidental (musée des Beaux-Arts de Tours, expositions récentes au musée Rodin comme à la galerie Jocelyn Wolff). Agnès Thurnauer a proposé une relecture de l’histoire de l’art dans l’œil d’une artiste (avec son exposition au musée Cognacq-Jay comme modèle – 2025). La seconde partie, intitulée « Troubler le canon. Regards contemporains », a permis de suivre des démarches centrées sur l’art contemporain et croisant d’autres champs critiques (notamment décoloniaux et écoféministes). A la parole de théoriciennes ont été associées les interventions de l’artiste Kristina Solomoukha qui a proposé une performance et d’Élodie Royer, doctorante SACRe-PSL.
Archives vidéo de la journée d’études
Session I- Matin
« Transformer le canon, une approche historique »
Accueil par Emmanuel Tibloux, directeur de l’EnsAD
Introduction par Lucile Encrevé, professeure d’histoire et théorie des arts à l’EnsAD, « Ce que les féminismes font à l’histoire de l’art. Une approche »
Hélène Meisel (professeure d’histoire et théorie des arts à l’École européenne supérieure d’art de Bretagne (Rennes)),« Simone Kahn/Breton/Collinet (1897-1980) : surréaliste, socialiste, galeriste, féministe »
Marine Kisiel (conservatrice du patrimoine, en charge du département de mode XIXe siècle au Palais Galliera), « Descendus de leur socle : Balzac et Rodin, en corps »
Agnès Thurnauer (artiste), «Les circonstances ne sont pas atténuantes »
Hélène Jagot (conservatrice, directrice des Musées et Château de Tours) et Jessica Degain (conservatrice chargée des collections XVII-XVIII-XIXe siècles du Musée des Beaux-Arts de Tours), « Relire l’histoire de l’art par le prisme féministe : le musée comme espace critique »
Session II- Après-midi
« Troubler le canon. Regards contemporains »
Introduction par Francesca Cozzolino, professeure de sciences sociales à l’EnsAD et chercheure à EnsadLab
Sophie Orlando (professeure de théorie de l’art à la Villa Arson (Nice)), « Les approches féministes de l’histoire de l’art : enseigner à des artistes »
Aby Gaye-Duparc (conservatrice à la Fondation Cartier pour l’art contemporain et doctorante à l’Ehess), «Artistes femmes et féministes dans le Sénégal de Léopold Sedar Senghor (années 1960 et 1970) : les cas de Safi Faye et Younousse Seye »
Elodie Royer (curatrice indépendante et doctorante au sein du Laboratoire SACRe à l’ENS-Ulm), « Pratiques artistiques et perspectives écoféministes à l’aune de la catastrophe de Fukushima »
Kristina Solomoukha (artiste), Le canon est une ligne droite, conférence performée, avec le concours de Charlotte Batifol


















