Doctorats

Recherches doctorales et pré-doctorales

Paysage anthropisé et formes de vie sur le site d’une ancienne mine d’amiante, des archives sensibles pour rendre désirable le futur d’un territoire

Eugénie Zuccarelli (designer graphique, étudiante-chercheure en doctorat)

Eugénie Zuccarelli, 2023

Cette thèse de recherche-création par le design interroge les enjeux écologiques et sociaux qui appartiennent aujourd’hui à un territoire spécifique en Corse, dans le contexte de l’Anthropocène. Il ambitionne de rendre visibles les relations qui se tissent entre les formes de vie (humaines et non humaines) dans des milieux abîmés par leur anthropisation.

Ce projet s’inscrit dans une approche de recherche-création qui conçoit la production de « documents témoins » comme un processus central. À travers un travail de co-construction lors d’ateliers de design participatif, il s’agit d’élaborer, pour combler les lacunes des archives existantes et aller au-delà des démarches archivistiques établies. Il s’agit ainsi de produire une documentation critique et des archives sensibles, générant des récits spéculatifs sur le futur du site étudié et révélant les tensions écologiques de cet écosystème marqué par l’Anthropocène.

En mobilisant les outils du design graphique et de l’art participatif, le projet ambitionne d’expérimenter des dispositifs de démonstration qui traduisent les savoirs collectés en formes de narration visuelle, rendant lisibles les interdépendances complexes entre vivants, territoires et enjeux industriels. Ces dispositifs, fonctionnaient alors comme des « témoins » visant à matérialiser ces enjeux pour sensibiliser les publics et à nourrir une réflexion critique sur les chemins possibles de la transition écologique.


Écologies et pratiques du feu: aborder la catastrophe depuis la lisière

Garance Maurer (designer et artiste, étudiante-chercheure en pré-doctorat, 2026-2027)

Pyroscapes, Villa Albertine (Garance Maurer, 2024)

Comment habiter un monde qui brûle ? De nombreux biotopes dépendent du feu et ces paysages pyrophiles ont co-évolué avec les incendies ou les pratiques intentionnelles de brûlage. L’humanité a fait du feu un outil pour vivre sur terre. Cependant, nous vivons aujourd’hui une ère que l’on peut appeler le Pyrocène (Pyne) : les feux ont un nouveau régime et de nouveaux noms, sont sortis des foyers et des pratiques paysannes pour laisser place à une combustion d’énergies fossiles. Cause et conséquence de l’Anthropocène, ces mégafeux catastrophiques sont autant liés au dérèglement climatique qu’aux cultures du feu et, plus largement, au rapport occidental au monde vivant.

Ce projet de recherche-création explore les écologies sociales et environnementales du feu à partir des pratiques, savoirs et formes d’organisation qui leur sont associés. En s’intéressant aux différents types de feux, à différents usages, savoirs et modes de gestion de ceux-ci, il explore comment des traditions et cultures écologiques locales (détruites, oubliées, résistantes ou émergentes) sont activées et comment celles-ci régénèrent nos modes d’existence actuels. À la manière dont l’eau peut être pensée comme bien commun, le projet interroge la possibilité de penser le feu à partir des communs, tout en prenant en compte la notion de « communs négatifs ».

Menée à travers des terrains situés dans les régions du climat méditerranéen, auprès de collectifs écoféministes, de communautés pastorales et d’initiatives locales de gestion du feu ou de sinistré.e.s cette recherche mobilise autant des pratiques artistiques et de design que la marche, la collecte ou l’apprentissage de pratiques pyrotechniques, pour proposer des dispositifs immersifs et des ateliers participatifs comme modalité d’enquête, de transmission et d’organisation collective. Comment une pratique de design ancrée dans des initiatives locales et des écosystèmes touchés par le feu peut-elle contribuer à penser et à expérimenter des gestes de soin ? 


Exploration des pratiques de transformations d’une racine vénéneuse

Aleja Castellanos (architecte, étudiante-chercheure en pré-doctorat, 2026-2027)

Étapes de préparation du Casabe – Joseph Gumilla, Histoire naturelle, civile et géographique de l’Orénoque et des principales rivières qui s’y jettent, traduit de l’espagnol, Avignon / Marseille, 1758 (3 volumes)

Originaire du bassin amazonien, la yuca brava ( manioc amer, ou manioc « féroce ») doit son nom au cyanure contenu dans ses racines. Toxique, voire mortelle pour celles et ceux qui ne maîtrisent pas sa préparation, elle est l’ingrédient principal du casabe. Cette galette croustillante et sans levain se distingue par sa facilité de conservation durant les long voyages. Méprisé pendant des siècles par les représentants des administrations coloniales espagnoles et portugaises, le casabe devient l’aliment des équipages et des personnes réduites en esclavage lors des déportations forcés par la traite atlantique. Au XVIe siècle, sa préparation et sa consommation pénètrent le continent africain, dans les régions où les conditions climatiques permettent la culture du manioc. 
Cueillir, râper, presser, décanter, sécher, amalgamer, cuire et conserver : sa préparation repose sur un ensemble de gestes et d’ustensiles artisanales dont la maitrise circule, de l’Amazonie aux Caraïbes, par tradition orale et mémoire procédurale au sein des communautés autochtones.

A partir de ce cas d’étude, le projet de recherche explorera, par la création, la notion de « déplacement » rapprochant librement les champs disciplinaires des sciences exactes et sciences humaines. En Colombie – où la création littéraire et artistique rapproche la magie de l’ordinaire pour donner forme à des expériences alternatives du réel – ce travail documentera des exemples de cosmovisions et cosmogonies reposant sur d’autres rapports au vivant, au territoire et au temps. Archives historiques et coloniales, documents cartographiques, récits nationaux officiels, iconographies et témoignages réels ou fictifs formeront un corpus documentaire dont la publication fera l’objet d’installations architecturales immersives autour de la pratique culinaire.

Les mouvements de matières et personnes, mais aussi la circulation des formes de connaissance et les possibles déplacement du regard seront autant de clé de lecture pour interroger nos catégories esthétiques, culturelles et sensibles et travailler à un décentrement du regard occidental et colonial.


Technologies ancestrales : les savoirs de la forêt amazonienne entre l’invisible et le visible

Bianca Dacosta (artiste, étudiante-chercheure en pré-doctorat, 2025-2026)

Film Delirio Tropical, Bianca Dacosta, 2025

Et si la nature elle-même était une archive de savoirs technologiques ? En Amazonie, les peuples autochtones vivent en relation avec un écosystème qu’ils lisent, écoutent, cultivent et soignent depuis des siècles. Leurs gestes, leurs pratiques, leurs façons de construire, d’habiter, de guérir ou de se nourrir révèlent une autre manière de penser la technologie et d’aborder l’image : organique, située, vivante.

À travers ce projet, je m’intéresse à ces savoirs ancestraux, non pas comme des vestiges du passé, mais comme des ressources précieuses pour penser les crises écologiques contemporaines. Comme plusieurs anthropologues l’ont montré (Descola, Viveiros de Castro, Bruce Albert et Davi Kopenawa), les formes de relations à la nature qui se déploient dans ce contexte nous éclairent sur la relation des humains au vivant, et nous fournissent de précieux enseignements sur la manière dont nous pouvons aujourd’hui composer des mondes selon différentes façons d’articuler le visible et l’invisible. Ainsi, observer cette forêt comme un système complexe d’équilibres, de langages et d’interdépendances, c’est reconsidérer notre rapport au vivant — et aux formes de connaissance et aux régimes de visibilité qu’il produit.

Cette recherche interroge, par la recherche-création et par un travail in situ avec une association locale en dialogue avec des auteurs français, brésiliens et autochtones du Brésil, issus de l’anthropologie, de l’art et du design, les savoirs ancestraux des peuples autochotones tels que les Huni Kuin.


Usage d’un déchet agroalimentaire
La peau de poisson comme objet de récits

Lola Loup (designer textile, étudiante-chercheure en pré-doctorat, année 2024-2025)

Empreinte d’une peau de poisson sur étendoir à linge – 2025, Paris

L’un des angles morts que laisse la gestion de nos déchets se trouve dans la prise en charge des déchets organiques, dont nous mesurons mal l’impact néfaste sur l’environnement : la peau de poisson en est un exemple. En Europe, la moitié de la prise totale de poisson devient un déchet, dont un quart est rejeté au fond de l’océan, provoquant une asphyxie marine.

Alors qu’avant le 20e siècle, une partie des peuples Arctiques utilisaient l’intégralité du poisson -à des fins de subsistance, pratique ou spirituelle- nous n’utilisons aujourd’hui qu’une partie de cette ressource. A l’impact écologique s’ajoute ainsi une perte de valeur presque invisible.

Remonter à l’origine des peaux, avant que les poissons n’arrivent en poissonnerie, peut être une piste par laquelle comprendre ce qui se joue dans la mise en circulation de la matière. Quelle gestion et considération du vivant font du poisson une ressource et de sa peau un déchet ?